L'envoyé spécial de l'ONU pour la Somalie
Par info mag, vendredi 19 janvier 2007 à 10:50 :: Monde :: Lien permanent
François Fall, a pressé jeudi le président somalien Abdullahi Yusuf Ahmed d'oeuvrer à la réconciliation nationale, après l'éviction du chef du Parlement perçue comme un refus du gouvernement d'un dialogue politique.
Se disant "heureux" de rencontrer M. Yusuf à Mogadiscio à la Villa Somalia, résidence officielle des présidents somaliens criblée d'impacts de balles et désertée depuis le début de la guerre civile en 1991, M. Fall a souligné l'urgence pour le gouvernement d'ouvrir un dialogue avec toutes les parties somaliennes après la défaite militaire des islamistes
"Il s'agit de la meilleure chance de paix depuis 16 ans en Somalie et nous ne devons pas la gaspiller", a déclaré l'envoyé de l'ONU après son entretien avec M. Yusuf.
"Il y a eu beaucoup de crimes, beaucoup de désolation, mais si vous regardez en arrière en vous disant +cet homme a tué mon fils ou mon mari+, vous ne vous réconcilierez jamais dans ce pays", a-t-il noté, en relevant la présence aux côtés de M. Yusuf de l'un des chefs de guerre les plus redoutés du pays, le général Morgan, connu sous le surnom de "boucher d'Hargeisa".
"Nous ne voulons plus de chefs de guerre en Somalie, nous ne tolérerons pas (leur présence). Nous voulons un gouvernement", a insisté M. Fall.
Depuis son retour à Mogadiscio, début janvier, M. Yusuf a instauré la loi martiale et signé un accord de désarmement avec les chefs de guerre qui tenaient la ville sous leur coupe jusqu'à l'arrivée des islamistes en juin-juillet 2006.
Commentant la présence du général Morgan, le président somalien a jugé qu'elle montrait que "la réconciliation est en marche". "Nous rencontrons tous les leaders de faction (...). Aujourd'hui nous les désarmons et je pense que tout le monde est très content", a-t-il dit.
"Le président nous a donné des assurances qu'il continuera les négociations", a ajouté l'envoyé de l'ONU, dont c'était la première visite à Mogadiscio depuis la défaite des islamistes fin décembre-début janvier.
Mercredi, M. Fall avait indiqué qu'il demanderait une explication à M. Yusuf sur la destitution par les parlementaires du président du Parlement, Sharif Hassan Sheikh Aden, perçu par la communauté internationale comme un homme susceptible de faire le lien entre le gouvernement et les islamistes "modérés".
Le porte-parole du gouvernement somalien, Abdirahman Dinari, a justifié cette destitution, insistant sur son caractère "légal".
"Nous avons dit (à M. Fall) que le président du Parlement avait été destitué légalement (...) et que c'est aux Somaliens de décider qui est bon pour eux", a déclaré M. Dinari.
Depuis leur mise en place en 2004, les institutions de transition somaliennes étaient impuissantes à établir leur autorité.
La donne a changé en décembre lorsque l'Ethiopie a engagé son armée aux côtés des forces gouvernementales contre les milices des tribunaux islamiques, qui avaient pris le contrôle de la majeure partie du centre et du sud du pays depuis plusieurs mois.
Des dissensions opposaient le président, associé au Premier ministre Ali Mohamed Gedi, au chef du Parlement, favorable à un accord avec les dirigeants "modérés" des islamistes.
Son éviction a été désapprouvée par les Etats-Unis, selon qui elle pourrait avoir un "impact négatif sur le dialogue" intersomalien, jugé indispensable par la communauté internationale pour sortir le pays de la guerre.
Le renversement de M. Aden est "à moyen et long terme la recette de l'instabilité" en Somalie, avec la possibilité "de voir apparaître une insurrection", a commenté de son côté Matt Bryden, analyste pour l'International Crisis Group (ICG).
AFP
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