La lettre de démission a été envoyée par fax, le mardi 6 février, au siège du parti à Rabat. Son contenu est court et précis, voire laconique : aucune raison objective n’a été avancée par M.El Gahs, ce qui ajoute à ce “choix” une petite dose de mystère, voire de romantisme. Il est vrai que les quelques absences aux réunions quotidiennes du Bureau politique ont été interprétées comme une forme de désaffection à l’égard de certains membres (notamment Boubekri, qu’il ne supporte plus …), mais l’on assure, au sein du parti, que la démission de M.El Gahs a pris tout le monde de court. Du coup, tous les regards se sont tournés vers … Mohammed Elyazhi, considéré pourtant comme le “parrain” du démissionnaire. Cependant, nombre de militants estiment qu’en dépit de tout ce qu’on «peut reprocher au Premier secrétaire, M.El Gahs aurait pu attendre un peu. Dans quelques mois, des élections importantes auront lieu et le parti a besoin de toute son élite pour faire face à cet enjeu», souligne ce membre du Conseil national. D’autres vont plus loin en estimant que cette démission est un «coup de poignard dans le dos de M. Elyazghi». Il faut rappeler que M. El Gahs n’a pas démissionné du parti mais son acte, dirigé contre l’instance la plus politique, cristallise un malaise profond au sein de la direction. Concernant les raisons de cette démission, sont-elles vraiment “personnelles”, comme le précise le ministre de la Jeunesse dans “ son fax” ? Elle intervient, en tout cas, dans le tumulte du congrès de la Chabiba (Jeunesse du parti), dont le déroulement et les résultats auraient directement pesé sur la décision de M.El Gahs. C’est en effet après le gel par les membres dirigeants du parti d’un “bureau national” formé par le “favori” d’El Gahs à la tête de la Chabiba, Mustapha Seyyab, en faveur du bureau national à la tête duquel se trouve Soufiane Khairate. Des témoins ayant assisté aux dernières phases du congrès de la Chabiba ont assuré que ce jour-là (le mardi 06 février), juste après la validation du bureau national formé par S.Khairate, M.El Gahs a quitté la salle pour rédiger sa démission et l’envoyer, par fax, au siège du parti.

La goûte qui a fait déborder le vase Mais, comme le souligne un membre dirigeant du parti de la rose, il s’agirait plutôt d’une «goûte qui a fait déborder le vase». Les raisons indirectes, ou plutôt induites, sont en réalité ailleurs. Elles ont été exprimées, à des occasions diverses, par le démissionnaire lui-même : «Je ne me retrouve plus dans ce parti», a-t-il déclaré, par exemple, en septembre 2005 dans les colonnes du Journal Hebdomadaire. Cette phrase retentit aujourd’hui de manière troublante, traverse toutes les structures du parti … Mais elle risque d’occulter d’autres considérations. En optant pour un choix aussi net, Mohammed El Gahs sait-il qu’il participe à l’affaiblissement du Bureau politique et, indirectement, à la fragilisation du parti où il a fait toute sa carrière ? Est-ce qu’il mesure les conséquences de son acte ? S’est-il projeté dans l’après-scrutin de septembre 2007 ? D’aucuns vont même jusqu’à penser que sa démission serait en phase avec une certaine volonté de l’entourage royal visant à affaiblir davantage Elyazghi. Même ceux qui éprouvent une certaine sympathie pour M.El Gahs sont surpris par sa décision. D’autres sont carrément déçus … Mais si les proches de Mohammed Elyazghi (notamment Boubekri et Khairate) ont du mal à dissimuler une certaine satisfaction après le départ d’El Gahs, les autres membres du BP sont très embarrassés. Une commission de “réconciliation” a été constituée pour tenter de dissuader M.El Gahs de revenir sur sa décision. En vain.



Omar Brouksy
lejournal-hebdo.com