Maroc- Industrie pharmaceutique: Réticence vis à vis des génériques
Par info mag, vendredi 9 février 2007 à 10:16 :: General :: Lien permanent
Apparemment, les vieux réflexes ont la vie dure. Les médecins, les spécialistes plus que les généralistes, tout en reconnaissant l’impact des génériques dans l’économie des dépenses de santé, rechignent à en prescrire. Les spécialistes (et dans une moindre mesure les généralistes) s’accrochent aux molécules d’origine. Que ce soit pour une infection saisonnière ou une maladie chronique, ces premiers prescripteurs, au moment d’établir leur ordonnance, pensent plutôt princeps.
C’est en tout cas vrai pour les médecins «consultés» dans le cadre d'une enquête menée par L’Economiste ( Maroc) et basée sur des simulations de consultations. Certes, l’échantillon est loin d’être représentatif, mais les résultats méritent d’être considérés. Des enquêtes réalisées dans le cadre de travaux de recherche universitaires conduisent au même constat, à savoir que les génériques ne font pas encore l’unanimité chez les médecins. Constat corroboré aussi par des témoignages de médecins praticiens.
Dans l'échantillon, les médecins consultés sont plus prompts à prescrire des molécules d’origine. Ainsi, pour le traitement d’une sinusite, une angine ou, plus généralement, une infection bactérienne de la sphère ORL, les médicaments prescrits relèvent plutôt du répertoire des princeps. Pourtant, des génériques existent bel et bien et sont, en moyenne, moins chers de 30%. Pour certains produits, l’écart de prix est de plus de moitié.
Pour traiter des symptômes de rhinite allergique saisonnière, les médecins ne vont pas chercher systématiquement les anti-histaminiques les moins chers. Un exemple, Xyzall, dont le PPM (prix public Maroc) est de 88 DH. Des alternatives existent et coûtent jusqu’à 4 fois moins (Clartyne, Zyrtec…).
C’est aussi le cas pour le traitement des rhumatismes et inflammations des articulations. Là aussi, le souci de la prescription économique n’est pas très fort. Les médicaments prescrits sont plutôt des molécules-mères (Mobic 15, Feldene,...). Pourtant, dans cette classe thérapeutique, des spécialités moins chères existent bel et bien et l’écart de prix dépasse parfois les 50%.
Pourquoi les médecins, bien qu’ils se disent convaincus du rôle des génériques dans la réduction de la dépense de santé, n’en prescrivent-ils pas? Que cache une telle «schizophrénie»? S’agit-il d’un simple réflexe comme le laissent entendre certains d’entre eux ou, au contraire, d’un scepticisme profond quant à l’efficacité thérapeutique de ces «copies» de molécules-mères?
Il y a un peu des deux, assurent des médecins praticiens. «C’est sûr que nous sommes pour la promotion du médicament générique», soutient Mohamed Naciri Bennani, président du Syndicat national des médecins du secteur libéral (SNMSL). Mais, ajoute-t-il, «notre rôle consiste, d’abord et avant tout, à prescrire des médicaments appropriés pour soulager et traiter nos patients. C’est le premier souci de tout médecin traitant». Or, selon lui, les médecins, bien que conscients du rôle des génériques dans l’allégement de la facture de la santé et la facilitation de l’accès aux soins, manquent d’informations sur leur efficacité et leur tolérance. Ce qui explique, en partie, la réticence de certains d’entre eux à en prescrire. Une réticence que l’on retrouve plus chez les médecins du centre que ceux de la périphérie et chez les spécialistes plus que les généralistes. «Ces derniers sont en contact avec une population plutôt démunie. Du coup, ils intègrent plus le souci économique», explique Abdelmajid Belaïche, cadre dans l’industrie pharmaceutique.
· Préjugés ou réalité scientifique?
«Pour certains médicaments, je privilégie la molécule-mère puisque certains laboratoires n’arrivent pas à nous donner satisfaction», reconnaît Dr Iqbal Idrissi Qaitouni, pneumologue et allergologue. Pour lui, «la substitution ne devient possible qu’après avoir testé le médicament». C’est aussi l’avis de ce cardiologue basé à Casablanca qui affirme que «le praticien se base sur son expérience pour prescrire un générique qui lui donne satisfaction». Il reconnaît, cependant, que pour sa part, il préfère ne prescrire que des molécules d’origine ou des génériques fabriqués sous licence et qui ont «fait leur preuve».
Un générique ne serait-il donc pas, dans tous les cas, aussi efficace qu’un médicament d’origine? Selon Abdelmajid Belaïche, il s’agit plutôt de «préjugés» qui commencent à tomber. Pour lui, «c’est leur prix bas qui, au lieu d’être une incitation, constitue un frein psychologique à la prescription». Il n’empêche, ajoute-t-il, les choses ont changé et les médecins commencent à prescrire plus de génériques. Il en veut pour preuve, l’évolution du marché des génériques depuis 2000 (voir graphs). A fin 2006, selon les chiffres de IMS Health, la part des génériques représente 24,6% en unités vendues (49,9 millions) et 24,4% en valeur contre 23,8% et 23,1% respectivement en 2005. Une part de marché certes notable. Mais, de l’avis des praticiens, elle reste faible au vu du pouvoir d’achat et taux de couverture sociale encore bas qui limitent l’accès aux médicaments. En chiffre d’affaires, le marché des génériques représente 1,3 milliard de DH.
D’ailleurs, estime Dr Nadia Bezzad, coordinatrice du collectif marocain de défense des médicaments génériques, «grâce au générique en particulier, on n’entend moins parler des pénuries de médicaments dans les établissements de santé ou des difficultés à accéder à un traitement thérapeutique», souligne-t-elle.
En revanche, des médecins restent sceptiques. Ils arguent d’une «insuffisance d’information» en l’absence de bioéquivalence clinique permettant de se prononcer sur la qualité d’un générique. Selon les praticiens interrogés, le générique est incontournable pour réduire la facture des soins et en faciliter l’accès à une large frange de la population. Mais, leur qualité, leur efficacité et leur sécurité ne doivent en aucun cas être sacrifiées. Ces trois critères doivent être démontrés et vérifiés. Ainsi, selon des médecins, le principe actif peut être le même, mais ce n’est pas le seul critère déterminant. D’autres paramètres doivent être vérifiés et contrôlés pour garantir la qualité, l’efficacité et la tolérance du générique. «Des impuretés infinitésimales présentes dans le principe actif peuvent affecter la stabilité ou la toxicité du médicament fini», signale le Pr. Farid Hakou, pharmacologue et un des grands spécialistes de la question. Il cite aussi l’éventualité d’une différence de solubilité due à un changement dans les caractéristiques physiques (polymorphisme, taille des particules...) ou, encore, des problèmes de dosage. «Dans le cas des médicaments anti-infectieux, certains produits faiblement dosés risquent de favoriser des phénomènes de résistance», explique, pour sa part, Dr Bennani. Sans oublier, ajoute-t-il, la formule galénique et le procédé de fabrication qui peuvent différer, ce qui peut conduire à des variations entre un produit fini et un autre.
La bioéquivalence, un filtre incontournable
Si l’activité pharmacologique d’un principe actif «généricable» est toujours bien connue, des études de bioéquivalence clinique (in vivo), en particulier pour les génériques sous formes orales, doivent être prises en considération pour garantir l’efficacité de tout nouveau générique commercialisé. C’est la principale condition pour «réhabiliter» les génériques aux yeux des médecins. Ceux-ci précisent, cependant, que les génériques mis sur le marché répondent en général parfaitement aux exigences de la loi marocaine. Les procédures de contrôle de médicaments ont été durcies. Du coup, les laboratoires ont dû se mettre à niveau pour pouvoir suivre, affirme Belaïche. «Même les petits laboratoires, qui étaient à la traîne, se sont mis à niveau», assure-t-il. Mais pour des praticiens, ce n’est pas suffisant. Pour eux, c’est la loi qui doit être mise à niveau en s’alignant sur les normes internationales. D’ailleurs, rappelle Dr Hakkou, «le générique n’était même pas défini. Il fallait attendre le code de la pharmacie». Un pas a été ainsi franchi, il s’agit maintenant de le compléter en apportant plus de précision dans les décrets d’application. «La loi doit être formelle. Elle doit exiger, dans les cas qui le nécessitent, des études cliniques de bioéquivalence», estime Hakkou qui cite, entre autres, les génériques de maniabilité étroite ou ceux indiqués pour des maladies graves ou chroniques (anti-épileptiques, tonico-cardiaques, diabètes…). Ces études, précisent les praticiens, doivent être effectuées par différents laboratoires indépendants pour assurer une meilleure fiabilité.
Synthèse faite d'aprés l'économiste.com
dev-export.com
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