Au lendemain du lancement officiel de pourparlers entre le président kényan Mwai Kibaki et son rival Raila Odinga, la tension restait très forte dans la province de la Vallée du Rift, notamment à Naivasha (90 km au nord-ouest de Nairobi) où l'armée patrouillait les rues.



Un partisan de l'opposition kényane à Kisumu, le 29 janvier 2008

Un Kényan de l'ethnie luo lance une pierre sur le corps d'un homme d'une autre ethnie, tué lors de violences à Kisumu le 29 janvier 2008

Mardi, le Conseil de sécurité de l'ONU a discuté de la situation au Kenya, qualifiée de "tragique" par le représentant adjoint américain, Alejandro Wolff.




Réunis à Londres, le Premier ministre britannique Gordon Brown, la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Nicolas Sarkozy, le Premier ministre italien Romano Prodi et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, ont réclamé la fin de l'escalade de la violence et appelé les leaders à se parler "pour le bien de la Nation kényane".




La police kényane a reçu l'ordre de "tirer pour tuer" les pillards, les incendiaires et les personnes portant des armes ou bloquant les routes, pour tenter d'endiguer les violences dans le pays, a déclaré mercredi à l'AFP un officier de la police sous couvert d'anonymat.Escalade de la violence au Kenya (GRAPHIQUE FLASH)




"Nous avons des ordres de tirer pour tuer ces catégories de personnes si elles sont prises en flagrant délit", a-t-il ajouté.




Le porte-parole du gouvernement, Alfred Mutua, a confirmé que les autorités "avaient renforcé la sécurité" dans le pays. "Nous ne laisserons pas des gens bloquer des routes, brûler des bâtiments et porter des armes dans les rues", a-t-il déclaré à l'AFP.




Selon l'officier sous couvert d'anonymat, l'ordre a été donné peu après l'ouverture à Nairobi des pourparlers entre MM. Kibaki et Odinga, en présence du médiateur, l'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.




Un calme très précaire régnait mercredi dans la ville de Naivasha (Vallée du Rift) après plusieurs jours de troubles meurtriers notamment entre ethnies rivales et au lendemain de l'intervention d'hélicoptères de l'armée, pour la première fois depuis le début de la crise.




Un hélicoptère de l'armée a survolé la ville mercredi à la mi-journée, a constaté une journaliste de l'AFP. Plusieurs échoppes ont encore été brûlées dans le centre de Naivasha et la plupart des commerces restaient fermées.




Près du commissariat de police, où sont réfugiées environ 8.000 personnes, selon la police, la tension était très vive. Dans la matinée, des centaines de déplacés se sont précipités dans l'enceinte du commissariat par crainte d'une attaque de membres de l'ethnie kikuyu.




A Kikuyu, à environ 20 km à l'ouest de Nairobi, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants.




Depuis plusieurs jours, les conflits ethniques et fonciers, récurrents et jamais mis à plat depuis l'indépendance en 1963 dans la Vallée du Rift, ont pris le pas sur les rancoeurs électorales dans cette province.




Le Kenya traverse une crise majeure depuis la présidentielle du 27 décembre, remportée officiellement par M. Kibaki, un Kikuyu. M. Odinga (un Luo, soutenu par d'autres communautés ethniques) accuse M. Kibaki d'avoir fraudé pour lui voler la victoire.




Près de 1.000 personnes ont été tuées et plus de 250.000 déplacées dans ces violences politico-ethniques depuis un mois dans le pays.


AFP