L'émissaire américaine à Nairobi a jugé lundi que les Kényans avaient été "floués"
Par info mag, lundi 7 janvier 2008 à 17:06 :: Monde :: Lien permanent
Dans un signe d'apaisement, le Mouvement démocratique orange (ODM) du chef de l'opposition Raila Odinga a décidé d'annuler des manifestations prévues mardi, expliquant sa décision par la venue prochaine du président en exercice de l'Union africaine (UA), John Kufuor, pour une médiation.
Le gouvernement kényan s'est aussitôt félicité de l'annulation de ces manifestations interdites par les autorités.
"Ils (les Kényans) ont été floués par leurs dirigeants et leurs institutions", a déclaré à la presse la secrétaire d'Etat adjointe américaine chargée des Affaires africaines, Jendayi Frazer, qui mène des consultations à Nairobi depuis trois jours.
Mme Frazer a estimé "nécessaire" que la "crise soit réglée par les deux leaders, (le président Mwai) Kibaki et (le leader de l'opposition Raila) Odinga, (et qu'ils) travaillent ensemble afin de renforcer les institutions kényanes parce qu'il y a des problèmes majeurs dans le système électoral".
L'annonce de la réélection du président Kibaki le 30 décembre avait été suivie d'un déchaînement de violences notamment dans l'ouest du pays et dans les bidonvilles de Nairobi, où M. Odinga compte de nombreux partisans.
M. Odinga accuse M. Kibaki d'avoir fraudé pour lui voler la victoire à la présidentielle du 27 décembre.
Lundi, des hauts responsables de la police kényane sous couvert d'anonymat ont indiqué à l'AFP qu'au moins 600 personnes avaient été tuées dans ces violences. "Nous avons au moins 600 morts (...), certains corps sont toujours dans les campagnes, là où les affrontements ont eu lieu", a expliqué l'un d'eux.
Le gouvernement kényan a fait état de "486 morts et de 255.686 personnes déplacées" dans les violences.
De son côté, le président Kibaki a annoncé dans un communiqué la convocation d'une nouvelle session parlementaire à partir du 15 janvier.
M. Kibaki avait jusqu'à fin mars pour convoquer le nouveau Parlement issu des élections générales.
Cette convocation rapide peut aussi bien être interprétée comme un signe d'apaisement envers l'opposition, dans la perspective de la formation d'un gouvernement d'union nationale, que comme celui d'une affirmation de son autorité en tant que vainqueur officiel de la présidentielle.
Le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, dont le pays avait été secoué en 2005 par des violences post-électorales meurtrières, a lui appelé à la "primauté de la loi" pour sortir de l'impasse politique au Kenya, selon l'agence de presse éthiopienne ENA (officielle).
Lundi, 11 pays de la sous-région réunis dans la Conférence internationale pour la région des Grands lacs africains (CIRGL) ont estimé que certaines de ces violences s'apparentaient à des actes "de nettoyage ethnique et de génocide".
"Certaines des tueries ont été perpétrées (...) de sang-froid, s'apparentant à des actes de nettoyage ethnique et de génocide, car elles ciblaient les plus vulnérables, y compris les femmes et les enfants", selon la CIRGL.
Mme Frazer a de son côté jugé que "même le pire de ce qui était arrivé ne pouvait être considéré comme un génocide".
Dimanche, M. Odinga a plaidé pour un règlement négocié de la crise et s'est dit disposé à un partage du pouvoir, à la condition que sa victoire à la présidentielle soit reconnue.
Samedi, M. Kibaki s'était dit de son côté "prêt à former un gouvernement d'union nationale", proposition immédiatement rejetée par son rival qui posait comme préalable à tout dialogue la présence d'un médiateur international.
AFP
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