Le sport avant le nouveau gouvernement
Par info mag, jeudi 4 octobre 2007 à 13:13 :: General :: Lien permanent
Politique sportive. Ces mots sont sur toutes les lèvres. On les place, on les évoque, on les sort à tout bout de champ et en toutes circonstances. On les lisait, hier encore, sur les pages spécialisées d’un canard arabophone paraissant à Casablanca.
Le DTN du tennis, dans une interview, souhaitait que « l’Etat change sa politique sportive ».
A chaque contre-performance, on parle de la nécessité d’une nouvelle politique sportive.
Et, surtout, lorsque le onze national de football rate ses objectifs, qu’est ce qu’on n’entend pas sur cette malheureuse « politique ».
Mais, d’ailleurs, cette politique, que l’on désire à chaque fois, changer, existe-t-elle vraiment ?
Rien n’est moins sûr.
Entre février 2004 et février 2006, entre l’exploit du onze de Zaki à la CAN 2004, et la déception de la CAN d’Egypte avec le même onze y avait-il une différence de politique sportive ?
Qu’entend donc par politique sportive ?
Ce n’est rien qu’une vaste idée qui n’a aucune base solide et encore moins d’existence réelle.
Car si politique sportive, il y avait, elle devrait commencer à l’école avec les jeunes enfants et se poursuivre, selon un plan bien façonné jusqu’à la maturité du pratiquant.
Or, si cela a existé par le passé, dans les écoles ou collèges où l’éducation physique scolaire avec son parangon l’ASS (Association Sportive Scolaire) et des après-midis riches en rencontres de toutes sortes, le sport à l’école aujourd’hui n’est plus qu’un souvenir.
Les stades et terrains qui ornaient les cours de récréation sont en ruines quand on ne les a pas simplement rasés, pour construire d’autres salles de classe.
Le football avait la réputation, au départ, de recruter dans les terrains vagues, et les clubs des années soixante et, même ceux du tout début, ceux des années 30 et 40, se vantaient d’avoir trouvé leurs meilleurs éléments jouant avec une balle en chiffon dans les quartiers populaires.
Aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus de terrains vagues et les quartiers populaires sont devenus d’immenses ensembles où les immeubles s’écrasent les uns sur les autres. Pas d’espace libre, ni même un arbre ou un bout de verdure.
Les clubs ont, paraît-il, trouvé la solution pour assurer la relève.
Ce sont les centres de formation, dont tout le monde parle, et que le FRMF va jusqu’à vouloir financer dans le cadre de son projet de mise à niveau.
Les parents, déboussolés par le manque de perspectives pour leurs enfants, ne croyant plus en un système scolaire largement sinistré, et producteur de diplômés chômeurs, se bousculent aux portes des clubs pour y inscrire leurs garçons.
Il y a des milliers d’enfants qui entrent en centre de formation.
Combien parviennent à en sortir formés et non déformés par des coaches souvent peu scrupuleux ?
On y opère à la tête du client, et selon si le papa du gosse est connu ou illustre anonyme, le traitement du gamin sera très différent.
L’émission « Al Kadam Ed Dahabi » démontre à elle seule l’ampleur de la demande mais pour des milliers de candidatures, les footeux qui arriveront à réussir une carrière, se compteront sur les doigts d’une main.
La formation ce n’est pas donner un ballon à un enfant, pour qu’il court derrière, mais c’est apprendre à l’enfant à être un adulte responsable, civilisé, et utile à sa société.
Le sport, dit-on aussi, a des valeurs éducatives. Voit-on cela aujourd’hui dans nos championnats et sur nos stades ? Hum... Hum... Ce serait mentir que de dire oui.
Il n’y a pas, ne serait ce que l’ombre d’une politique sportive, puisque plusieurs disciplines sportives sont en voie de disparition dans notre pays.
Et pour parler (encore) de formation rappelons que le mois dernier le Ghana a été champion du monde des moins de 17 ans dans une compétition où le Maroc n’était même pas qualifié.
Ne parlons ni du championnat du monde du rugby qui se déroule en France sans nous, ni même du championnat du monde féminin de football, où l’on n’a pas dépassé le premier tour des éliminatoires.
S’il y avait une politique qui englobait l’évolution de chaque discipline, cela se saurait.
Alors, s’il n’y a pas de politique sportive qu’y a-t-il donc ?
Il y a quelque chose qui remplace le vide, c’est l’argent.
On en met à tout bout de champ, et l’annonce de milliards mis à la disposition d’une mise à niveau, comble l’absence d’un plan réel de développement.
Beaucoup d’argent tourne autour du sport, mais quasiment en pure perte, puisque sans programme de structuration solide l’argent n’est qu’un cache misère.
Il est même, peut-être, un pêché car dépensé de manière prodigue et donc abusivement.
Quid des campagnes de la Coupe du Monde ? Quid des entraîneurs nationaux ayant été payés à coups de millions de dirhams et qui partent comme ils étaient venus ?
Et aussi quid de nos clubs dont le seul souci est de vendre leurs joueurs, pour assurer le financement de la saison ?
Un ministre des Sports (et de la Jeunesse) va-t-il pouvoir endiguer toutes ces mauvaises habitudes et surtout, surtout, avoir le temps d’arrêter un programme de développement à long terme.
M’Jid doyen du sport national, souhaite publiquement qu’un haut commissaire aux sports, non politique, soit installé à la tête du département et qu’il instaure une ligne de conduite dont il sera chargé de suivre l’application, sans craindre d’être « mis à la porte », pour une raison ou une autre.
C’est-à-dire un responsable qui ne serait pas à la merci des changements de majorité dans le pays ou taillé en pièces à cause d’une élimination en football.
Un tel homme, et surtout une telle volonté politique existent-ils ?
On ne saurait le dire. Les rumeurs courent que la nouveau gouvernement sera annoncé aujourd’hui ou demain.
Donc, les dès sont déjà jetés.
Mais rien n’empêche que l’on y pense à l’usage et dans l’avenir.
Najib Salmi
lopinion.ma
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